Royaumont 2026 : quand le Moyen Âge circule encore

Deux jours à l'Abbaye de Royaumont, 40 chercheuses et chercheurs, deux concerts médiévaux dans une abbatiale du XIIIe siècle et une conviction partagée : le Moyen Âge ne s'est jamais pensé en frontières. Le colloque annuel de l'Initiative Circulations Médiévales (Alliance Sorbonne Université) a fait dialoguer histoire, histoire de l'art, archéologie, musicologie et philologie.

 

Ce colloque n'était pas une juxtaposition de spécialités. Il a révélé comment une même dynamique – la circulation – éclaire des mondes que l'on croyait éloignés.

Circuler pour gouverner

Pourquoi s'intéresser aux livres qui circulent autour de Saint-Paul de Londres au XIIe siècle ? Parce que cela révèle une métropole intellectuelle connectée à toute l'Europe. Les banquiers italiens sous Philippe le Bel ne sont pas une anecdote : ils sont au cœur de la construction de l'État. Et ces moines de Marmoutier qui inventent la visite régulière au XIVe siècle pour tenir ensemble un réseau dispersé ? C'est une leçon de gouvernance à distance, étonnamment actuelle. Les reliques et les saints qui circulent chez les premiers Capétiens, eux, montrent que le pouvoir médiéval est aussi un langage symbolique en mouvement.

Les formes qui voyagent

En histoire de l'art et archéologie, la circulation devient matière. À Mistra (Byzance), les nouvelles technologies – 3D, photogrammétrie – permettent de voir comment les modèles architecturaux voyagent entre Occident et Orient. À Châlons-en-Champagne, les vitraux romans, replacés dans leur contexte urbain, racontent la ville, pas seulement la cathédrale. En Hongrie, la circulation de Français permet la fondation d'églises inspirées des modèles du royaume de France. Suivre une forme sculptée qui voyage, c'est comprendre la fabrique de l'Europe médiévale.

Entendre la circulation

Grâce aux étudiant-es du Master MIMA médiéval (Isabelle Ragnard, Esther Labourdette) et à Hélène Derieux, nous n'avons pas seulement parlé de musique médiévale, nous l'avons vécue. Deux concerts dans l'abbatiale ont rappelé une évidence : un savoir médiéval, c'est aussi un son, un souffle, un geste qui se transmet. Le son est l'objet circulant le plus immatériel et le plus puissant. La recherche par la pratique musicale est au cœur de notre méthode.

Les idées en mouvement

Du savoir juridique irakien qui se réinvente en Égypte au VIIIe siècle aux traités médicaux byzantins compilés de manuscrit en manuscrit, de la sagesse pratique d'Aristote qui devient prudentia chrétienne au canon littéraire carolingien qui se recompose, nous avons suivi des idées en mouvement.

Nos projets collectifs en sont la preuve vivante : Serments médiévaux (une parole qui engage et qui circule), Dictionnaire de l'amour courtois (déconstruire un mythe qui a circulé jusqu'à nous), DFSM (comment on dit la science en français au Moyen Âge), THERom (les traductions entre langues vernaculaires, pas seulement depuis le latin) et médiévalisme boréal (comment le Moyen Âge circule aujourd'hui dans les imaginaires nordiques).